Chirac: Politicien quantique
Il y a quelques mois, en janvier, j’ai posté un blog sur François Mitterrand comme politicien fractal. En regardant la semaine dernière le passionnant documentaire sur A2, consacré à Jacques Chirac, je me suis demandé si celui-ci ne constitue pas un exemple d’un politicien quantique. Qui, « quantique » comme la physique quantique, la théorie qui forme la base de toute la physique moderne. Cette théorie est étrange voire bizarre et paradoxale : comme l’a dit un de ses fondateurs, Danois Niels Bohr, « ceux qui prétendent avoir compris la mécanique quantique, ne l’ont pas étudié sérieusement. » Dans l’univers quantique, qui en physique est celui de l’atome et en-dessous, les éléments de base ont un comportement curieux, qui fait que l’on peut les assimiler à la fois aux particules discrètes et aux ondes continues, deux états de matière a priori incompatibles. Les éléments quantiques peuvent agir d’une manière synchronisée avec d’autres éléments éloignés d’eux à des années lumière de distance. Leur comportement peut apparaître capricieux voire même aléatoire mais ils obéissent aux lois profondes, dont certains (tel le principe d’incertitude d’Heisenberg) garantissent leur mystère. La physique quantique stricto sensu s’applique à l’univers subatomique mais, compte tenu de son rôle central dans la physique, nous nous sommes de plus en plus nombreux à croire que ses principes ont une portée bien plus large et constituent une alternative conceptuelle cohérente à une vision traditionnelle, inspirée par la physique classique de Newton et de Lavoisier, d’un monde déterministe et linéaire. Même s’il faut se garder des raccourcis mentaux qui assimileraient notre microcosme politique au monde subatomique, la physique quantique offre un réservoir d’analogies et de métaphores aussi intéressant que les traditionnelles références à la ménagerie (éléphants, fauves, lionne, etc.).
Ainsi, si l’on regarde la trajectoire politique de Jacques Chirac, on ne peut qu’être frappé par son caractère non-linéaire. Une ascension fulgurante, ponctuée par des fortes oscillations entre succès, souvent improbables, et échecs, souvent retentissants, et se terminant, en toute probabilité, par un déclin apparemment irréversible vers un état entropique de décomposition lente qui affecte non seulement sa gouvernance mais aussi, par un effet de propagation, l’environnement social, économique et politique de tout le pays.
La personnalité de Chirac, dont les participants à l’émission s’accordaient à reconnaître qu’elle garde un mystère irréductible, est profondément ambigüe et duale. Sous son allure hussarde, il dissimule une énorme capacité manœuvrière, ses propos souvent simplistes (et contradictoires) cachent une réelle érudition. Mais son dualité est surtout apparente dans son positionnement sur l’échiquier politique. Soutenu par un électorat de droite et ennemi déclaré des socialistes, il est foncièrement l’homme de gauche, si l’on juge la réalité de ses politiques (puisqu’il y en eu plusieurs). En analysant ses décisions, on constate qu’il penche instinctivement vers les solutions qui privilégie l’intervention publique plutôt que le libre jeu du marché (dont il se méfie foncièrement - il est le seul dirigeant de G-7 qui soutient la taxe Tobin sur les transactions financières internationales), l’équité sociale plutôt que l’efficience économique. Les 35 heures ont introduites sous sa présidence et il n’a pas jugé bon d’utiliser ses pouvoirs, qui sont considérables, pour s’opposer fermement ou réduire leurs effets pervers. Non seulement il a laissé en place l’impôt sur la fortune mais, sous gouvernement Juppé, il a aggravé son poids sur les entreprises et les entrepreneurs.
A l’échelle internationale, Chirac est non seulement à gauche des gouvernements conservateurs de George Bush ou d’Angela Merkel, mais aussi à gauche du gouvernement travailliste de Tony Blair, qu’il critique autant que le Parti socialiste pour sa dérive libérale.
Par un double accident d’histoire, depuis 1981 nous avions eu comme Présidents de la République un homme de droite, Mitterrand, qui se disait de gauche, et un homme de gauche, Chirac, qui se disait de droite. Ce peut-être cela qui explique leur échec ultime. On peut s’interroger que ce serait passé si chacun de ses hommes était aligné avec un courant politique qui reflétait leurs convictions réelles.


1 Comments:
有什么 有什么网址 有什么新闻 有什么博客 有什么论文
有什么图片 有什么音乐 有什么搜商 有什么帖客 天气预报
Post a Comment
<< Home