Affaire EADS: la défense Enron à la française
Qui a dit que l’élite française est foncièrement anti-américaine ? Certainement pas Noel Forgeard, co-Président de l’EADS, maison-mère d’Airbus et pur produit de la système français, avec un brillantissime parcours éducatif-politique-industriel (X-Mines, cabinets ministériels, l’industrie aéronautique), qui, à propos de ses ventes fort opportunes des actions EADS (juste avant que leur cours s’effondre) semble avoir adopté la même stratégie de défense que les deux patrons d’Enron, Ken Lay et Jeff Skillings. Lors de leur procès récents, ceux-ci ont affirmé qu’ils n’étaient pas au courant des malversations et des problèmes de trésorerie de la société dont ils avaient pourtant la charge. Malheureusement pour eux, le jury populaire de Texas ne les a pas crues, estimant que, compte tenu des compétences personnelles et professionnelles dont ces dirigeants n’ont pas cessé de faire l’état, y compris pendant le procès, leur argumentation n’était pas plausible.
De même, des esprits chagrins et malveillants pourraient s’étonner que Monsieur Forgeard, qui a été pendant longtemps directement en charge de l’Airbus et qui ne manque pas une occasion de vanter ses talents de gestionnaire hors pair (on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même), ne soit pas au courant en temps voulu des problèmes sérieux affectant le projet le plus important d’Airbus et, par extension, de sa société mère. Ces mêmes esprits diraient : de deux choses l’une - ou Monsieur Forgeard n’était vraiment pas au courant et dans ce cas, on peut douter de sa compétence, ou il était au courant et dans ce cas on doit s’interroger sur sa probité.
Mais on que l’on se rassure. Nous ne sommes pas au Texas, à la merci d’un jury des cowboys et des péquenauds ignares et envieux. Nous sommes en France, où la justice, comme nous l’avons vu encore tous récemment à propos de l’affaire d'Outreau, ne se trompe jamais. Et Chirac n’est pas Bush. Le premier à déjà affirmé qu’il soutient Forgeard, alors que le second a lâchement laissé faire son Ministère de la Justice, qui a piloté l’instruction du dossier et l’accusation lors du procès. Que l’on se le dise : un procès comme celui d’Enron n’est pas envisageable en France. Faut-il en être fier ou au contraire honteux ?

