Monday, October 30, 2006

Chirac: Politicien quantique

Il y a quelques mois, en janvier, j’ai posté un blog sur François Mitterrand comme politicien fractal. En regardant la semaine dernière le passionnant documentaire sur A2, consacré à Jacques Chirac, je me suis demandé si celui-ci ne constitue pas un exemple d’un politicien quantique. Qui, « quantique » comme la physique quantique, la théorie qui forme la base de toute la physique moderne. Cette théorie est étrange voire bizarre et paradoxale : comme l’a dit un de ses fondateurs, Danois Niels Bohr, « ceux qui prétendent avoir compris la mécanique quantique, ne l’ont pas étudié sérieusement. » Dans l’univers quantique, qui en physique est celui de l’atome et en-dessous, les éléments de base ont un comportement curieux, qui fait que l’on peut les assimiler à la fois aux particules discrètes et aux ondes continues, deux états de matière a priori incompatibles. Les éléments quantiques peuvent agir d’une manière synchronisée avec d’autres éléments éloignés d’eux à des années lumière de distance. Leur comportement peut apparaître capricieux voire même aléatoire mais ils obéissent aux lois profondes, dont certains (tel le principe d’incertitude d’Heisenberg) garantissent leur mystère. La physique quantique stricto sensu s’applique à l’univers subatomique mais, compte tenu de son rôle central dans la physique, nous nous sommes de plus en plus nombreux à croire que ses principes ont une portée bien plus large et constituent une alternative conceptuelle cohérente à une vision traditionnelle, inspirée par la physique classique de Newton et de Lavoisier, d’un monde déterministe et linéaire. Même s’il faut se garder des raccourcis mentaux qui assimileraient notre microcosme politique au monde subatomique, la physique quantique offre un réservoir d’analogies et de métaphores aussi intéressant que les traditionnelles références à la ménagerie (éléphants, fauves, lionne, etc.).

Ainsi, si l’on regarde la trajectoire politique de Jacques Chirac, on ne peut qu’être frappé par son caractère non-linéaire. Une ascension fulgurante, ponctuée par des fortes oscillations entre succès, souvent improbables, et échecs, souvent retentissants, et se terminant, en toute probabilité, par un déclin apparemment irréversible vers un état entropique de décomposition lente qui affecte non seulement sa gouvernance mais aussi, par un effet de propagation, l’environnement social, économique et politique de tout le pays.
La personnalité de Chirac, dont les participants à l’émission s’accordaient à reconnaître qu’elle garde un mystère irréductible, est profondément ambigüe et duale. Sous son allure hussarde, il dissimule une énorme capacité manœuvrière, ses propos souvent simplistes (et contradictoires) cachent une réelle érudition. Mais son dualité est surtout apparente dans son positionnement sur l’échiquier politique. Soutenu par un électorat de droite et ennemi déclaré des socialistes, il est foncièrement l’homme de gauche, si l’on juge la réalité de ses politiques (puisqu’il y en eu plusieurs).  En analysant ses décisions, on constate qu’il penche instinctivement vers les solutions qui privilégie l’intervention publique plutôt que le libre jeu du marché (dont il se méfie foncièrement - il est le seul dirigeant de G-7 qui soutient la taxe Tobin sur les transactions financières internationales), l’équité sociale plutôt que l’efficience économique. Les 35 heures ont introduites sous sa présidence et il n’a pas jugé bon d’utiliser ses pouvoirs, qui sont considérables, pour s’opposer fermement ou réduire leurs effets pervers. Non seulement il a laissé en place l’impôt sur la fortune mais, sous gouvernement Juppé, il a aggravé son poids sur les entreprises et les entrepreneurs.
A l’échelle internationale, Chirac est non seulement à gauche des gouvernements conservateurs de George Bush ou d’Angela Merkel, mais aussi à gauche du gouvernement travailliste de Tony Blair, qu’il critique autant que le Parti socialiste pour sa dérive libérale.
Par un double accident d’histoire, depuis 1981 nous avions eu comme Présidents de la République un homme de droite, Mitterrand, qui se disait de gauche, et un homme de gauche, Chirac, qui se disait de droite.  Ce peut-être cela qui explique leur échec ultime. On peut s’interroger que ce serait passé si chacun de ses hommes était aligné avec un courant politique qui reflétait leurs convictions réelles.  

Friday, October 27, 2006

Iceland: the virtue of mavericks

On the weekend of October 20, I accompanied my Polish business partner, Professor Jan Lubinski, on a visit to Reykjavik. For an European country, Iceland is quite remote. It takes full three hours of light from London, Amsterdam or Paris to reach Reykjavik. Yet, once one has landed, remoteness disappears and one quickly finds familiar references: faces, architecture, street signs, even landscape - nothing appears exotic or strange: Scandinavian affinity is unmistakeable and widespread: general sense of courtesy, solidity and efficiency.
Remote, Iceland is also small: 300 000 people on a territory, which is five times smaller than France. Yet, it is remarkably prosperous, with an estimated GDP per capita of close to 30 000 euros (higher than Sweden, Finland, France and UK and comparable to Denmark). Together with Luxembourg, and to a lesser extent with Baltic countries, Iceland demonstrates that the small is very efficient economically (and also quite equitable, with low disparity of incomes). In case of Luxembourg, its prosperity can be, at least in part, explained by its central location in the heart of Europe. This obviously does not apply to Iceland. One may consider the abundant geo-thermal energy as a contributing factor. Nevertheless, the success of Luxembourg (which boasts the highest GDP per capita in the world) and of Iceland cannot be explained by their geography or resource endowment alone.  The key to their success is the astute mix of management and governance, which combines a deeply engrained tradition of political democracy (Iceland has the oldest legislative assembly in the world, set up in 930) and the ability to seize economic opportunities. Thus, Iceland took advantage of its abundant and cheap electricity to attract aluminium producers and thus diversify its exports. It is not surprising that Roman Abramowitch, in his capacity as a Governor of remote Russian region of Chukotka, was visiting Iceland the same weekend we were (Unfortunately we did not meet).
Despite the small size of their country, Iceland and Icelanders have a strong maverick even wilful streak. They have joined Schengen Agreement on free movement of people but not the European Union. They refuse the jurisdiction of International Court of Justice. They also launched three Cod Wars against United Kingdom. The result of the last one, which finished in 1976, was the de facto establishment of 200 miles exclusive fishing zone for Iceland. What tilted the balance in Iceland’s favour was not the size of its fleet but a threat to close a strategic NATO base at Keflavik.
Iceland has recently demonstrated again its headstrong character, when it authorised whale hunting. I was told that the owner of the whale hunting fleet kept it in tip-top shape for the last fourteen years.
The business that invited us to Reykjavik is another example of the country’s inventiveness and willingness to take risk. We spent two days with Decode, one of biotechnology legendary firms, which set up a genetic database of Icelandic population and used this information to develop drugs for common disease. The main market of DeCode is in the United States, where DeCode is listed on NASDAQ  (DCGN), but its main research infrastructure and state-of-the-art genotyping facilities are based in Reykjavik. Its founder, Kari Stefansson, left Harvard to launch DeCode and was able to attract high-quality staff. DeCode’s success is far from assured but it is a bold bet. In any case, it gave us, as founders of Read-Gene, strong incentives to persevere.