Sunday, May 06, 2007

De l’importance de l’écart

L’avenir politique de Ségolène Royal, ainsi que celui et de François Bayrou, dépend de l’écart entre le gagnant et le perdant.

A 48% ou plus, Ségolène s’en sort avec les honneurs de la guerre et peut légitimement revendiquer le leadership du Parti Socialiste pour les législatives. Avec ce score, Bayrou aurait quelques chances de nouer une alliance formelle avec le PS, qui lui permettrait d’obtenir une présence parlementaire.

A moins de 45%, plusieurs factions socialistes vont énergétiquement et bruyamment chercher à reprendre le contrôle du Parti Socialiste et à reléguer Mme Royale au second plan ainsi que d’empêcher toute alliance avec François Bayrou.

Entre 45 et 48%, le jeu reste ouvert. Il faut s’attendre à des critiques virulentes de Mme Royale de la part de ses opposants traditionnels. De son coté, Mme Royale va chercher à valoriser son résultat, en affirmant qu’il est comparable à celui de Lionel Jospin au second tour (47.5%). Mais sa position sera moins forte que dans la première hypothèse et pour rester au premier plan, elle devra faire des compromis, ce qui a toujours été étranger à sa nature et à son modus operandi. Dans cette situation, l’alliance formelle avec François Bayrou est difficilement envisageable.

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Quelques leçons du second tour des présidentielles

Sur la foi des sondages concordants, il semble bien que Sarkozy sera élu ce soir Président de la République et que sa marge de victoire sera plutôt confortable. Ayant attentivement suivi les péripéties du second tour, je pense que l’on peut d’ores et déjà en tirer quelques leçons :

  1. Pas plus qu’au premier tour, l’excès de l’agressivité envers Nicholas Sarkozy et sa diabolisation ne sont avérés guère payants. Au contraire, ils peuvent se retourner contre ceux qui cherchent à les attiser. A cet égard, la forte chute dans les sondages de Ségolène Royal après le débat de mercredi le 2 mai est très instructive.
  2. Comme lors du référendum sur la « constitution »européenne, les Français ont fait preuve non seulement d’un grand intérêt pour la chose politique mais aussi d’une saine appréciation de la réalité. Ainsi, ils n’ont guère été dupes des manœuvres opportunistes entre François Bayrou et Ségolène en vue d’une improbable alliance pour barrer la route à Sarkozy. Plus généralement, ils apparaissent baser leurs choix sur une appréciation équilibrée non seulement de la personnalité du candidat (ou de la candidate) et de son programme mais aussi de la cohérence entre ceux-ci et la base électorale des candidats. En effet, c’est cette cohérence qui assure leur crédibilité d’ensemble. A cet égard, Ségolène Royal souffre d’un handicap certain, compte tenu de l’écart entre les valeurs fondamentales du Parti socialiste et les penchants sécuritaires de la candidate.
  3. Après plusieurs années d’exode linguistico-médiatique, le terme de la droite est revenu au premier plan de la scène politique. Non seulement, Nicholas Sarkozy affirme haut et fort son affiliation à droite, mais au Parti Socialiste, derrière les discussions avec François Bayrou, soutenues par quelques dirigeants du Parti, se profile la question de l’inévitable évolution vers la social démocratie à l’anglaise ou à l’allemande.
  4. Nicholas Sarkozy est à droite mais il n’est certainement pas libéral. Il ne fait guère confiance au marché et n’accepte la globalisation que du bout des lèvres. Son programme inclut des mesures protectionnistes (qui auront du mal à être approuvées par l’Union européenne) et est fortement teinté du populisme. Ceci dit la caractéristique première du candidat est son pragmatisme et sa capacité impressionnante de mobiliser les ressources à sa disposition pour obtenir des résultats concrets et affichés à l’avance, tel le plein emploi à la fin de son quinquennat. Jusqu’à maintenant, il a réussi à séduire un grand nombre (probablement la majorité) des électeurs. Reste à voir comment va-t-il réussir la transition à la fonction, qui dans le système français, est la fonction suprême.

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Friday, April 20, 2007

Ségolène Royal et Hollywood

Plus les élections s’approchent et plus Ségolène s’éloigne de nos écrans. Son annonce électorale télévisée est la seule ou la candidate ne s’adresse pas directement à l’électeur. Des nombreux rendez-vous avec la presse ont été annulés et pour un entretien radio avec un éléphant des medias, Jean-Pierre Elkabbach, Ségolène a envoyé son porte-parole, Jean-Pierre Chevènement. Des persifleurs diront que cela fait suite aux mésaventures qu’elle a connues lors de ses passages précédentes dans les médias traditionnels, s’exposant aux reproches de manque de précision et d’arrogance. Ses supporters expliquent son comportement médiatique par un choix des modes de communication de la démocratie directe et participative : les grands meetings et les e-meetings (encore que le site Internet de la candidate est souvent en panne, sans doute suite aux attaques des cyber-sarkozistes). Pour ma part, je pense qu’il y a une troisième explication : la recherche de ce que l’autoproclamé « pape de la communication politique», Jacques Séguela, a appelé la «starisation». Après la période Jeanne d’Arc et dame de fer, voici Ségolène métamorphosée en star d’Hollywood. Non pas la bombe sexuelle, style Marilyn Monroe ou Mae West (bien que selon l’inénarrable Séguela, « Ségolène Royal, c’est 100% désir »), mais la Star glamoureuse à la beauté classique et au port altier: Ava Gardner ou Grace Kelly. La mystique de la Star exige le maintien rigoureux d’une distance par rapport aux autres (tous les autres, y compris les conjoints, la famille et bien entendu tout l’entourage – autour de la Star, il n’y a pas de collaborateurs mais seulement les serviteurs). L’accès direct est non seulement limité mais strictement contrôlé, pour éviter tout brouillage de l’image de la perfection.

Malheureusement, les mauvais esprits, dont je suis, seraient tenté à pousser l’analogie plus loin. Oui, Ségolène me fait penser à une star d’Hollywood, mais plutôt à une de celles de la fin des années 20, qui, comme Gloria Swanson, ont perdu largement leur statut de légende quand le cinéma muet est devenu parlant.

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