Sunday, May 20, 2007

Sarkozy – chef d’entreprise moderne

On s’interroge beaucoup sur le style Sarkozy. Il est vrai que dans le monde politique français ce style détonne et étonne. Il est aux antipodes du style classique: ambigu, alambiqué et précautionneux – tel qu’il fut pratiqué par exemple par le maître incontesté de la politique française de ces dernières cinquante années, François Mitterrand. Par contraste, le style de Sarkozy est direct, lisible et ambitieux. Son langage est simple, articulé autour de quelques thèmes (des mauvais esprits diraient ‘slogans’), aisément compréhensibles pour les non-initiés. Le style Sarkozy est marqué par une présence constante sur le terrain, une forte centralisation et personnalisation du pouvoir décisionnel, ainsi qu’une rapidité de déploiement et d’action (du moins dans les domaines que l‘exécutif contrôle). Contrairement aux apparences, ce style doit très peu à l’improvisation et à la spontanéité. Au contraire, il a été longuement muri et reste minutieusement planifié. Sarkozy l’a pratiqué pendant cinq ans au Ministère de l’Intérieur sans jamais ralentir le rythme ni provoquer d’explosion sociale au sein de son administration.

Inédit dans le monde politique, le style Sarkozy n’est pour autant complètement original. Mais contrairement aux autres analystes, je ne pense pas que son inspiration soit essentiellement historique, fondée sur le modèle napoléonien. Je crois qu’il faut chercher aussi sa source dans le mode de gestion de certaines entreprises modernes, notamment les sociétés américaines de logiciel ou de l’informatique comme Microsoft, Oracle ou Apple. Les PDG de ces sociétés, Bill Gates (qui a cédé son poste à Steve Ballmer mais néanmoins reste le leader ultime), Larry Ellison et Steve Job, y sont omniprésents et se mêlent de tout : code logiciel, menu de la cantine, couleur de câbles pour les nouveaux produits, communication internet et externe. Ils imposent un rythme d’enfer à leurs collaborateurs (Douglas Coppeland, auteur américain emblématique, a intitulé son livre sur les jeunes employés de Microsoft, «Microserfs »). Pour le monde extérieur, ces leaders incarnent l’entreprise.

On aurait eu pourtant tort de croire qu’il s’agit de l’exercice solitaire du pouvoir ou de ce que les Américains appellent « one man show ». Chacune des entreprises citées est un géant dans sa catégorie, employant des dizaines de milliers de personnes et présente sur tous les continents. Leurs leaders s’entourent d’équipes des collaborateurs pointus, ayant fait leurs preuves. Les entreprises sont engagées à plein dans la guerre pour le talent, n’hésitant pas à embaucher ou à débaucher au prix d’or les personnes aux compétences jugées indispensables.

Le principal attrait de ce modèle est son indéniable réussite. Et comme, il correspond bien au tempérament naturel de Nicholas Sarkozy, il est facile de comprendre son attirance pour celui-ci.

Néanmoins, avant de pousser l’analogie trop loin ou d’en tirer des conclusions hâtives, il est important de prendre en compte trois considérations

  • Le mode de gestion décrit plus haut n’est pas le seul modèle possible pour une entreprise innovante. Par exemple, la société de services Internet, universellement considérée comme la plus performante, Google, est dirigée par un triumvirat de deux jeunes chercheurs et d’un gestionnaire chevronné. On sait ce qui est advenu par le passé aux triumvirats, mais celui-ci paraît stable.
  • Quel quelle soit la diversité du domaine des technologies de l’information, la politique est un ensemble bien plus complexe, plus dynamique et plus imprévisible. Les chausse-trappes, fausses pistes, effets pervers y abondent.
  • La crédibilité du modèle est fonction de son succès. Inversement, l’insuccès diminue nettement sa valeur.

Quoi qu’il soit, le style Sarkozy marque moins une rupture avec les modèles politiques traditionnels qu’une ouverture sur les modes de gestion de l’entreprise. Par le passé, de telles ouvertures ne sont guère avérées concluantes. Entretemps, le monde de l’entreprise a énormément changé, s’adaptant à la nécessité d’un dialogue constant avec les clients et les collaborateurs, la sophistication croissante des clients et l’irrésistible poussée de la globalisation. De son, la transformation du monde politique a été beaucoup plus lente et plus limitée, ce qui fait que celui-ci, tant dans ses structures que dans les comportements de la classe, apparaît de plus en plus décalé par rapport à la réalité économique et sociale. Il sera intéressant de suivre l’évolution du modèle Sarkozy pour voir s’il aboutit à la réduction de ce décalage et l’accélération de l’indispensable mutation de la politique.

Labels: , , , ,

Sunday, May 06, 2007

Quelques leçons du second tour des présidentielles

Sur la foi des sondages concordants, il semble bien que Sarkozy sera élu ce soir Président de la République et que sa marge de victoire sera plutôt confortable. Ayant attentivement suivi les péripéties du second tour, je pense que l’on peut d’ores et déjà en tirer quelques leçons :

  1. Pas plus qu’au premier tour, l’excès de l’agressivité envers Nicholas Sarkozy et sa diabolisation ne sont avérés guère payants. Au contraire, ils peuvent se retourner contre ceux qui cherchent à les attiser. A cet égard, la forte chute dans les sondages de Ségolène Royal après le débat de mercredi le 2 mai est très instructive.
  2. Comme lors du référendum sur la « constitution »européenne, les Français ont fait preuve non seulement d’un grand intérêt pour la chose politique mais aussi d’une saine appréciation de la réalité. Ainsi, ils n’ont guère été dupes des manœuvres opportunistes entre François Bayrou et Ségolène en vue d’une improbable alliance pour barrer la route à Sarkozy. Plus généralement, ils apparaissent baser leurs choix sur une appréciation équilibrée non seulement de la personnalité du candidat (ou de la candidate) et de son programme mais aussi de la cohérence entre ceux-ci et la base électorale des candidats. En effet, c’est cette cohérence qui assure leur crédibilité d’ensemble. A cet égard, Ségolène Royal souffre d’un handicap certain, compte tenu de l’écart entre les valeurs fondamentales du Parti socialiste et les penchants sécuritaires de la candidate.
  3. Après plusieurs années d’exode linguistico-médiatique, le terme de la droite est revenu au premier plan de la scène politique. Non seulement, Nicholas Sarkozy affirme haut et fort son affiliation à droite, mais au Parti Socialiste, derrière les discussions avec François Bayrou, soutenues par quelques dirigeants du Parti, se profile la question de l’inévitable évolution vers la social démocratie à l’anglaise ou à l’allemande.
  4. Nicholas Sarkozy est à droite mais il n’est certainement pas libéral. Il ne fait guère confiance au marché et n’accepte la globalisation que du bout des lèvres. Son programme inclut des mesures protectionnistes (qui auront du mal à être approuvées par l’Union européenne) et est fortement teinté du populisme. Ceci dit la caractéristique première du candidat est son pragmatisme et sa capacité impressionnante de mobiliser les ressources à sa disposition pour obtenir des résultats concrets et affichés à l’avance, tel le plein emploi à la fin de son quinquennat. Jusqu’à maintenant, il a réussi à séduire un grand nombre (probablement la majorité) des électeurs. Reste à voir comment va-t-il réussir la transition à la fonction, qui dans le système français, est la fonction suprême.

Labels: , ,

Sunday, April 22, 2007

Participation électorale au premier tour des présidentielles en France

La forte participation électorale en France (bien plus forte qu’en 2002 et comparable à celle de 1981) peut être interprétée de deux manières différentes, qui entrainent des conclusions radicalement opposées en ce qui concerne les résultats du premier tour et les perspectives pour le second.

La première interprétation est que l’omnibus TCS a bien fonctionné et les opposants de Sarkozy se sont mobilisés pour lui barrer la route dès maintenant. L’objectif n’est pas tellement de l’éliminer mais de réduire l’écart entre lui et les deux candidats TCS : Bayrou et Royal.

La seconde interprétation est que l’omnibus a déraillé et qu’à force d’exagération et de stridence, les opposants de Sarkozy ont fini par susciter un reflexe de sympathie et d’adhésion à la candidature. Il est même possible que les critiques de son radicalisme en aient fait un candidat de renouveau et de changement, en faisant oublier sa participation pleine et entière au gouvernement sortant. Si tel était le cas, Sarkozy sortirait gagnant du premier tour avec une avance d’au moins 5 points sur son opposant futur au second tour.


Rendez-vous tout à l’heure pour voir quelle interprétation est la plus proche de la réalité.

Labels: , ,