Friday, April 20, 2007

TCS: un omnibus politique d'enfer

Alors que nous étions fascinés par le nouveau TGV Est, détenteur depuis peu du record de monde de vitesse sur rail, notre microcosme politico-médiatique a construit en un temps record un autre train: le TCS - tous contre Sarkozy. Evidemment, il s'agit d'un omnibus, qui s'arrête souvent et avance par des à-coups sur un parcours souvent sinueux et pas toujours bien balisé. Par contre, l'accès est y très facile: il suffit de déclarer que Nicolas Sarkozy (a) dangereux (b) brutal (c) imprévisible (d) libéral (e) ignare (f) Hongrois (c’est–à-dire juif, pour ceux qui ne savent pas lire entre les lignes) pour être du voyage. Pour gagner des meilleurs places, il faut par contre écrire un papier démontrant que l'élection de Sarkozy ne peut que déboucher sur un régime autoritaire voir totalitaire, sans parler de l'aggravation du réchauffement climatique et, pêché suprême, du rapprochement avec le monde anglo-saxon.

Le train est apparemment bondé et malgré la variété des passagers et de l'équipage, qui va de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par le centre, sans oublier le remuant contingent médiatique, progresse cahin-caha, en générant au passage beaucoup de bruit et de vapeur. Si Sarkozy se retrouve au second tout, il faut s’attendre à ce que ce bruit devient assourdissant et la vapeur aveuglante.

Faut-il s’en étonner ou même s’indigner ? N’est-il pas normal que le favori attire beaucoup d’animosité et les autres candidats se liguent contre lui et cherchent à lui barrer la route à l’Elysée ?

Le problème est le caractère excessif du TCS. Et quand j’écris excessif, il s’agit d’une litote. En fait les propos tenus par certains sont déshonorants non seulement pour eux mais pour tout le système politico-médiatique français. Que M. Le Pen se permette d’utiliser les arguments concernant l’éligibilité de Sarkozy qui relèvent de la logique des lois racistes de Nuremberg de 1936, en comptant le nombre des grands-parents non-aryens (pardon, non-français) de celui-ci est déjà profondément inquiétant. Mais qu’il puisse répéter ces arguments à plusieurs reprises sur les plateaux de télévision sans attirer des commentaires des journalistes et des condamnations d’autres candidats est proprement honteux.

A coté des insinuations de Le Pen, les condamnations indignées qui ont suivi les prises de position de Sarkozy sur le caractère inné des certains crimes telles la pédophilie, ne sont qu’affligeants et ne font que traduire l’ignorance et les préjugés des critiques eux-mêmes. En effet, il est avéré que les pédophiles sont plus susceptibles de récidiver que les autres catégories des criminels ; les cas retentissants de Dutroux et de Fourniquet ne peuvent être expliqués purement par leur enfance malheureuse. Par ailleurs, la recherche des gènes qui prédisposent les jeunes à la délinquance et au comportement antisocial est très active, particulièrement aux Pays-Bas, qui aux dernières nouvelles n’étaient pas considérés comme un bastion du conservatisme social. Et si vous ne me croyez pas, demandez à Axel Kahn, éminent généticien et le frère d’un des conducteurs de l’omnibus TCS.

L’ironie de tout ça est que l’offensive anti-Sarkozy risque de s’avérer futile et même contre-productive. Par son caractère excessif et personnel, elle éveille chez des électeurs hésitants un sentiment de sympathie vis-à-vis du candidat. Une des règles de la politique de la politique française est que l’agressivité excessive ne paie pas, sauf si la cible perd son sang froid. Sarkozy le sait mieux que quiconque et par conséquent ne réagit pas, tout en signalant à l’attention de l’électorat l’agressivité de ses adversaires.

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